Chapitre 13 : Épilogue

18 mai 1978 : Décès à Paris.

23 mai 1978 : Hommage solennel du Gouvernement, représenté par le ministre de la Défense Yvon Bourges, et du président du Sénat Alain Poher aux Invalides.
Oraison du Père Michel Riquet.
Étaient présents : les anciens premiers ministres Michel Debré, Pierre Messmer , René Pléven et Jacques Chaban-Delmas ainsi que Gilbert Grandval, ancien haut-commissaire au Maroc et ancien ministre.
Enterrement au cimetière du Montparnasse à Paris.

Son épouse décède à Paris le 26 février 1979.

Ils laissent quatre enfants :

Paulette née le 14 juillet 1920 à Saint-Etienne (Loire), mariée le 28 décembre 1946 à Roger Kadouch, proviseur, ancien volontaire de la 2° DB (Paris, Alsace, Allemagne); veuve le 12 janvier 1992, décédée le 27 novembre 1998. Cinq enfants : Michel (1947), Muriel (1948), Catherine (1951), Laurent (1954), Thierry (1965-2016).
A participé à un mouvement de résistance (confection de faux papiers d’identité).

Roland né le 22 septembre 1922 à Arcis-sur-Aube (Aube), ingénieur thermicien, marié le 4 juillet 1953 à Nelly Vanderlinden, décédé le 30 août 2010. Trois fils : Philippe (1958), Eric (1961), Christian (1963).
S’est évadé de France en 1943 pour regagner le Maroc, via l’Espagne.
A combattu en Italie et en France dans le 4° régiment de spahis marocains.

Jacqueline née le 7 août 1927 à Dinard (Ille et Vilaine), filleule d’Edouard Herriot, mariée le 20 décembre 1948 à Albert Guénard, capitaine de l’Armée de l’Air ; veuve en mars 1956, puis remariée le 26 juillet 1967 au vicomte Fernand Dauger, exploitant agricole. Décédée le 27 juin 2002. Un fils de son second mari : Frédéric (1968-1995).
A participé à la guerre d’Algérie comme convoyeuse (infirmière navigante) de l’Armée de l’Air. A pris sa retraite avec le grade de lieutenant-colonel.

Alain né le 21 mars 1931 à Epinal (Vosges), docteur-ingénieur, marié le 14 septembre 1956 à Annick Dubois. Quatre enfants : Gilles (1959), Christine (1960), Pascale (1961), Yann (1967).

Emile Bollaert au mariage de son fils cadet
Émile Bollaert au mariage de son fils cadet en 1956

En septembre 1969, réunion de famille rue Vavin, Paris 6°

Parmi les hommages posthumes, on peut citer :

Ministère de l’Intérieur :
Publication en 1980 d’un numéro hors-série de la revue Administration entièrement consacré à l’œuvre d’Émile Bollaert. Rédacteur en chef : Jacques Gandouin.
Articles de Roger Génébrier, Jacques Gandouin, Jean Taulelle, René Paira, Georges Thomé, Maurice Rolland, Henri Amoretti, Laurent Bonnevay, Daniel Doustin, Léon Bard, Jean Daridan, Bernard Cornut-Gentille, Gilberte Brossolette, Auguste Dupouy, Richard Pouzet, père Michel Riquet, Pierre Messmer, Tran Van Kha, Charles Ruen, Henry Malherbe, René Pleven, Jean-Daniel Herrenschmidt, Xavier de Christen, Pierre Dehaye, Alain Poher.

Ville de Dunkerque (Nord) :
Sur la proposition de René Cordier, directeur du Conservatoire de musique de Dunkerque et ancien élève d’Émile Georges Bollaert, la municipalité a, le 29 novembre 1958, donné le nom d’Émile Bollaert à une place carrée, à l’intersection de la rue de la Marine et de la rue du Président Wilson, à deux pas de la place Jean Bart, cœur de la cité.
Officiellement, la municipalité honorait le musicien Émile Georges Bollaert, mais il était évident qu’elle jouait sur les prénoms pour honorer du même coup le musicien et son fils Émile Édouard Bollaert, haut fonctionnaire, du vivant même de ce dernier : Les plaques mentionnent « Place Émile Bollaert » sans indication de date ni de profession.

Département du Rhône :
Malgré la promesse faite le 7 octobre 1940 par Laurent Bonnevay, président du conseil général du Rhône, de donner le nom d’Émile Bollaert au parc de Parilly qu’il avait créé sur la commune de Bron, il n’en a rien été. Seule l’allée principale du parc, réservée aux piétons, porte depuis le 10 novembre 1990 le nom de Boulevard Émile Bollaert. Auparavant, il avait été placé dans le parc, non loin de ce boulevard, dans le « Parc Alpestre », une stèle sculptée par Raymond Corbin et inaugurée le 19 mai 1983 par Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur, en présence d’une trentaine de préfets.

Ville de Paris :
Une rue du 19° arrondissement porte son nom. Son inauguration par Jean Tiberi, maire de Paris, a eu lieu le 2 décembre 1998.
Sur cette rue, existe une école primaire qui porte également son nom.
Le mail voisin, situé entre la rue Émile Bollaert et le boulevard MacDonald, d’ une superficie de 13.000 m² et créé en 1998 porte le nom de Mail Émile Bollaert, bien qu’il n’ait pas été officiellement baptisé.

Ville de Plogoff (Finistère) :

Une stèle, en forme de menhir, a été érigée le 8 mai 2004 sur la côte, au lieu-dit Feunteun Aod, en face de l’emplacement du naufrage du « Jouet des Flots ».

Ligue Urbaine et Rurale :
Parmi les très nombreux articles publiés après le décès d’Émile Bollaert en 1978, ceux de M. Xavier de Christen (qui lui succéda en 1973 à la présidence de la Ligue Urbaine et Rurale) décrivent fort bien le caractère d’Émile Bollaert, tout à la fois esthète, humaniste et déterminé.
Je citerai :
– l’article paru en 1980 dans la revue Administration,
– l’article paru en 1988 dans les Cahiers de la Ligue Urbaine et Rurale. Ce dernier est reproduit ci-dessous :

« C’est à Saïgon qu’en 1947 j’ai rencontré pour la première fois la bienveillance de son regard bleu. Ce fut en effet mon privilège que de servir à son cabinet alors qu’il était Haut-Commissaire de France en Indochine. Sans rappeler cependant le proconsul devant lequel, aux fêtes du Grand Serment sur les hauts plateaux Moï, plusieurs centaines d’éléphants venaient s’agenouiller (d’autres ont retracé ses accomplissements dans ce monde), je me bornerai à évoquer certains traits d’une riche personnalité.

Il était plus qu’un autre sensible à la beauté. En Asie, où elle se déployait dans le foisonnement des forêts, les danses hiératiques sur les parvis d’Angkor, ou les sinuosités des toitures aux tuiles vernissées, je l’ai vu s’émouvoir devant l’exubérance d’un paysage, la grâce d’un geste, les raffinements d’une civilisation.

Il était parti dans la vie pour être musicien. Il aimait en connaisseur la peinture. Lettré, il s’attachait, dans un temps qui trop souvent en fait fi, à la perfection de la forme. Préfet du Rhône, il avait deviné quelle sévère splendeur se dissimulait à Lyon sous la crasse du quartier Saint-Jean et, bien avant la loi Malraux, quel parti l’on en pouvait tirer. J’imagine combien la direction des Beaux-Arts avait comblé cette part émerveillée de lui-même dont l’engagement dans l’action n’a jamais altéré la fraîcheur. Entre tant de titres, celui de directeur honoraire des Beaux-Arts était celui auquel il se référait le plus volontiers.

L’aspect désintéressé du service public n’est sans doute pas étranger au choix qu’il en avait fait. C’est en chevalier qu’il choisissait les causes les plus généreuses, celle de l’enfance en danger par exemple. Il se donnait à elles corps et âme, médusant ses collaborateurs, qui peinaient à le suivre quoique beaucoup plus jeunes, par cette résistance physique qui l’avait sauvé des camps de la mort.

S’il aimait à s’entourer de jeunesse, c’est qu’il avait gardé l’âme sans rides, jusqu’à cette nuit où il s’est éteint, sans passer par la maladie, illustrant le mot de Saint-Simon : « Il est mort tout en vie. »

Épris d’art et débordant comme il l’était de générosité, cette vertu cornélienne, on ne s’étonne pas que, pendant plus d’un quart de siècle, il se soit dévoué, en lui apportant l’éclat de son prestige, à notre cause qui est celle de la beauté. »


La Presse :
Ceci n’est pas un hommage posthume, c’est un article d’actualité écrit le 23 décembre 1932 dans le journal Le Petit Parisien par M. G.-Th. Girard commentant la nomination d’Émile Bollaert à la Direction Générale des Beaux-Arts :

« La Présidence du Conseil annonce que M. Édouard Herriot prononcera tel dimanche, à tel endroit, un important discours politique. Remue-ménage et inquiétude chez les reporters. Le jour dit, rien ne cloche. M. Bollaert a pensé à tout. Le train roule. M. Bollaert conte une anecdote ou dit un bon mot.
Mais M. Bollaert est bien plus qu’un homme d’esprit. Voyez comme l’œil pétille derrière le verre nu de son lorgnon. Retenez cette phrase qui s’échappe de la conversation. Sous les dehors familiers d’une courtoise camaraderie, M. Bollaert abrite les dons d’une vive intelligence.
Fidèle collaborateur ; sait-on ce que représente ce cliché banal ? Chef de cabinet de M. Édouard Herriot, M. Bollaert a réglé, avec une aisance et une sûreté incomparables, les journées du Président. De la tâche écrasante de M. Herriot, il a su écarter les broutilles. Il a su accueillir les importuns, apaiser les inimitiés naissantes. A la porte du Patron, il a veillé sur son labeur, sur ses méditations, sur son repos.
Les Vosgiens vous diront que M. Bollaert a bien réussi comme préfet, à Épinal. Réussite facile, chuchoteront les profanes. Ah ! Vraiment c’est facile de passer son temps à donner à des maires de campagne, embarrassés par quelque question administrative, des conseils discrets et opportuns ! Pour vivre en confiance avec des populations promptes à vous traiter en nouveau venu, à votre arrivée dans le « pays », il faut, soyez-en sûr, une belle dose de doigté, de finesse psychologique et de sens de l’humanité.
Jeune encore et doué de pareilles qualités, M. Bollaert aurait pu prétendre à la carrière d’un grand commis de la III° République. Le voici, on serait presque tenté d’écrire « modestement » directeur des Beaux-Arts.
M. Bollaert n’est pas seulement quelqu’un qui a des lettres et qui joue du piano. Il n’est pas seulement un vrai humaniste, un humaniste dont l’humanisme littéraire s’épanouit en humanisme moral et social, en humanisme … humain.
Sa culture est vaste et profonde. Son savoir et son goût égalent son amour de ce qui est beau. Rien de ce qui est artistique ne lui est étranger.
« La culture, c’est ce qui s’oublie » a dit un jour, à la tribune de la Chambre, M. Édouard Herriot.
C’est vrai quelquefois. Mais ce qui est vrai aussi, c’est que M. Bollaert n’a guère oublié. Il est érudit en même temps que cultivé. Son érudition est délicate et précise. Ses intimes le savaient déjà. Les autres vont en avoir le témoignage …
Et enfin ( c’est si rare ! ) il a du cœur. Il est fidèle !  
»

Ce qui est remarquable dans cet article écrit en 1932, c’est que 46 ans plus tard, en 1978, l’année de la mort d’Émile Bollaert, il n’y aura pas un mot à changer.
Émile Bollaert avait promis de suivre les préceptes de Rudyard Kipling et il a tenu parole !